Alexis Ragougneau : l’interview de Bookeenstore

Edit : Le jeudi 16 juin 2016 sur Paris, rencontrez Alexis Ragougneau ! Inscrivez-vous vite au Bookeen Café, les places sont limitées !

bookeencafe-polar-alexisragougneau

Alexis Ragougneau, né en 1973, est auteur de théâtre et romancier. Après son premier roman publié en 2014, La Madonne de Notre-Dame, il revient cette année avec Evangile pour un gueux.
Alexis-Ragougneau-gros-plan-(c)-Antoine-Rozès600
evangile pour un gueux

Bonjour Alexis,

Pouvez-vous nous présenter votre dernier roman, Évangile pour un gueux ?

Peu avant Pâques, on découvre le corps d’un clochard noyé dans la Seine. La victime est rapidement identifiée : il s’agit de Mouss qui, quelques mois plus tôt, au moment de Noël, avait investi la cathédrale Notre-Dame au nom du droit au logement. Pendant quelques jours, la France entière s’était passionnée et déchirée sur la question des sans-abri. L’enquête est confiée à une jeune juge d’instruction, Claire Kauffmann. Lorsqu’elle apprend que le père Kern officiait dans la cathédrale au moment de son occupation, elle sollicite son aide pour faire éclater la vérité.

Qu’affectionnez-vous particulièrement dans l’écriture d’enquêtes policières ?

Le roman policier décrit en général des univers assez noirs. Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est précisément de mettre en scène des êtres qui cherchent la lumière dans cette noirceur. En ce sens, et bien qu’ils soient en général abîmés par la vie, mes personnages sont résolument optimistes. Je garde de mes années d’écriture théâtrale une image : celle de la « servante », cette ampoule nue posée sur un haut pied, qu’on laisse allumée dans les théâtres entre deux répétitions, lorsque toutes les autres lumières ont été coupées. C’est elle qui veille quand il n’y a plus personne. Je crois que je cherche à transposer cette image qui m’habite dans l’univers du polar.

Quels sont pour vous les ingrédients indispensables d’un bon polar ?

Ce sont exactement les mêmes que pour un bon roman : des personnages profondément humains et un certain souffle dans l’écriture. Qu’il y ait des morts ou pas n’a aucune importance…
Dans Evangile pour un gueux, on retrouve le trio Claire Kauffmann / Landart / père Kern, les personnages de votre premier roman, La madone de Notre-Dame. D’où vient ce choix ?
Après avoir achevé La madone de Notre-Dame, je suis revenu à mon activité d’auteur de théâtre. J’ai écrit deux pièces et travaillé à leur création, mais j’ai senti très vite que le père Kern et Claire Kauffmann me manquaient, ou plus exactement qu’ils avaient encore des choses à dire. Kern le prêtre et Claire la magistrate sont deux personnages qui m’aident à m’interroger sur cette ville dans laquelle je vis, sur ce pays dans lequel je suis né. Ils représentent deux des « institutions » qui ont façonné la France au cours de son histoire : l’Eglise et la République. A travers leur enquête sur la mort de Mouss le clochard, Kern et Kauffmann interrogent le rôle de ces institutions et leurs insuffisances. Ils soumettent à de nombreux questionnements notre façon de vivre ensemble en France, et mettent en lumière les nombreuses zones d’achoppement qui existent dans notre société, qu’elles soient d’ordre religieux, culturel ou social. La fiction m’aide donc à prendre de la distance par rapport aux choses, et ces personnages créés il y a trois ans, que je commence seulement à connaître, me sont devenus en quelque sorte nécessaires.

la madone de notre dameLa continuité avec votre premier roman se retrouve également dans le lieu : la cathédrale Notre-Dame. Pouvez-vous nous expliquer ce choix et ce que vous inspire ce lieu ?

Notre-Dame de Paris est un immense théâtre, au sens shakespearien du terme, c’est-à-dire qu’elle renferme, d’une certaine manière, le monde entier. Elle est à la fois une tour de Babel, puisque chaque jour traversée par plusieurs dizaines de milliers de visiteurs parlant toutes les langues, et aussi un monument profondément représentatif de la France, de sa culture, de son histoire. En ce sens, c’est une scène idéale pour y faire pénétrer le roman et la fiction comme l’avait fait Victor Hugo, car ses murs renferment bien plus qu’une simple église. Ce qui s’y joue à l’intérieur est le reflet de ce qui se passe dans le monde extérieur.

Quels sont les livres et auteurs qui vous inspirent en tant qu’écrivain et vous passionnent en tant que lecteur ?

Il y a deux choses qui me passionnent en tant qu’écrivain et lecteur : l’humain et la fable.

L’humain, au sens ou Simenon l’entendait : le roman est l’occasion de mettre un personnage dans une situation où il va se révéler à lui-même, où il va devoir dépasser le poids des habitudes pour devenir un homme neuf. Ecrire un roman, cela consiste à bâtir (comme une maison) la vie d’un personnage, puis à tout foutre par terre, pour voir ensuite de quelle manière ce personnage va se mettre à reconstruire.

moby dickLa fable, ensuite, parce que les grands romans sont toujours bien plus larges que leurs intrigues. Prenez Moby-Dick de Melville, prenez les romans ou les nouvelles de Joseph Conrad : ils ne se limitent pas, bien entendu, à des histoires d’aventures maritimes. C’est leur puissance symbolique et métaphorique qui en fait des œuvres universelles, indémodables, qui peuvent toucher n’importe qui à travers le monde.

Quel est votre livre préféré ? Pouvez-vous nous le présenter et nous dire pourquoi il est aussi spécial à vos yeux ?

C’est évidemment une question à laquelle il est impossible de répondre sérieusement… Si vous me posiez la question demain, il est à parier que je vous livrerais une autre réponse. Enfin bref, je dirais : Lumière d’août, de William Faulkner. Ce livre atteint précisément une sorte d’équilibre quasi-miraculeux entre la fable et l’humain. C’est l’une des forces de Faulkner : ses intrigues, profondément ancrés dans la société du Sud des Etats-Unis, ont pourtant quelque chose d’absolument universel. Sans compter le souffle de sa prose, qui saisit le lecteur dès la première phrase et l’emporte dans une sorte de tempête jusqu’à la dernière page. Comment s’y prend-il pour nous faire à ce point partager les trajectoires de tous ses personnages ? Cela reste assez mystérieux, mais c’est une œuvre à lire et relire, et dont on peut apprendre beaucoup.

Merci à Alexis Ragougneau pour ses réponses ! Si vous ne connaissez pas encore l’auteur son premier roman est en promotion à 5,99€ au lieu de 11,99€ jusqu’au premier février ! Vous pouvez également découvrir une nouvelle gratuite de l’auteur, Monument au mort.

Crédit photo : Portrait d’Alexis Ragougneau par Antoine Rozès

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s