Dominique Sylvain : l’interview de Bookeenstore

Cette semaine, découvrez l’interview de l’auteur de L’Archange du chaos avant de le rencontrer le jeudi 16 juin 2016 sur Paris ! Inscrivez-vous vite au Bookeen Café, les places sont limitées !

Bookeen Café - dominique sylvain

 

Interview de Dominique Sylvain

Dominique Sylvain © Antoine Rozès
Dominique Sylvain
© Antoine Rozès

Pouvez-vous nous présenter votre dernier roman, L’Archange du chaos ?

C’est l’histoire d’une rencontre improbable. Franka Kehlmann est une jeune transfuge de la Financière, Bastien Carat un commandant de la Criminelle, à la cinquantaine solide mais préoccupée. Carat vient d’évacuer son adjoint (et meilleur ami) dont l’alcoolisme devenait ingérable. L’équipe recomposée peine à trouver ses marques. Mauvais timing : on vient de retrouver le corps nu et torturé d’une inconnue dans la cave d’un immeuble parisien, son tueur lui fait subir d’étranges sévices avant de panser ses plaies. Pour Joey, le jeune frère de Franka, photographe brillant mais perturbé, le corps est disposé tel un gisant du Moyen-Âge. Le tueur réagit comme un séismographe. Les catastrophes, naturelles ou sociales, semblent aiguiser sa folie.

D’une noirceur plus marquée que mes romans précédents, L’Archange du chaos est dans la veine de Vox, paru en 2000. S’il faut vraiment lui coller une étiquette, je parlerai de thriller littéraire. Dans le sens où l’écriture compte autant que l’intrigue.

dominiquesylvain-archangeduchaosQu’affectionnez-vous particulièrement dans l’écriture de romans noirs ?

Ce qui m’intéresse, c’est la bonne littérature, toutes couleurs confondues. Mais j’ai tout de même un faible pour le charme troublant du roman noir. Je suppose que je suis un peu comme une musicienne qui aurait choisi le jazz ou la techno plutôt que la musique contemporaine. Je me sens à l’aise dans le roman noir parce qu’il me permet d’explorer une esthétique qui me parle naturellement. J’aime ces ambiances depuis l’enfance. La vie dans des couleurs plus franches que la réalité. Et la peur métaphysique de la mort comme couturière de péripéties. En fait, un roman noir est toujours un roman métaphysique. Avec la rigolade en plus (si on le souhaite).

Quels sont pour vous les ingrédients indispensables d’un bon polar ?

En premier lieu, des personnages réussis. Que nous reconnaissons et qui nous émeuvent. Ensuite, une écriture forte (et je ne parle pas d’une jolie écriture). Troisièmement, une histoire plausible, charpentée, qui tient en haleine et réussit à surprendre mais sans invraisemblances. Le sujet a peu d’importance, ce qui compte c’est l’ambiance, la façon de raconter, l’endroit où l’on décide de « placer sa caméra ». Quatrièmement, des dialogues soignés, qui sonnent vrais (et sont donc très travaillés). Enfin, l’esthétique. Mieux vaut ne pas oublier que la littérature, polar ou pas, c’est de l’art. Donc, il faut un parti pris esthétique. Enfin, cerise sur la gâteau, une certaine courtoisie de la part de l’auteur. En tant que lectrice, j’apprécie qu’en m’invitant dans son monde, il m’autorise à respirer, à vaquer à ma guise. Pas question qu’on m’explique tout, qu’on me dise quoi penser, qu’on m’assène un sermon ou une leçon politique. Vive la liberté.

alfred-dominiquesylvainQuels sont les livres et auteurs qui vous inspirent en tant qu’écrivain et vous passionnent en tant que lecteur ?

Ils sont nombreux, ce sont les mêmes. L’école des sorciers n’existe pas, celle des romanciers non plus. Il faut donc chercher ses maîtres soi-même et apprendre en les lisant et les relisant. Mon satori a été la découverte de l’œuvre de Raymond Chandler. Ensuite, c’est un voyage dont on ne voit pas la fin. Patricia Highsmith (révolutionnaire avec Tom Ripley, héros et criminel), George Simenon (empathique et économe de ses moyens), Seichô Matsumoto (brillant pour passionner les foules avec des horaires de trains), Chester Himes (d’une sensualité inégalée), Ed McBain (le big boss du récit choral), Michael Connelly (style épuré pour intrigue en béton), Dennis Lehane (l’art d’être politique avec subtilité), Mo Hayder (bravissimo pour Tokyo, inclassable et somptueux), Iain Banks (chapeau pour Complicity, petit bijou d’ironie rageuse), Ian Rankin (comment plonger un flic très humain dans une intrigue enchevêtrée et en ressortir vivant), Natsuo Kirino (avec Out et Disparitions, elle n’a peur de rien et n’écoute que son instinct), Jo Nesbo (le goût du thriller malin et de la phrase qui swingue dans toutes les langues), Elmore Leonard (romans garantis 0% de gras, mais truffés de dialogues ciselés), Henry Miller (l’écriture, ce sport de combat), Nicolas Bouvier (beauté absolue du style et justesse), Charles Bukowski (l’art de respirer les étoiles depuis le caniveau), Karl Ove Knausgaard (le souffle du marathonien pour une littérature hypnotique qui ressemble vraiment à nos vies). Et Montaigne (parce qu’il me parle à l’oreille depuis son 16ème siècle). Et les poèmes de Rimbaud, Verlaine et Apollinaire parce qu’ils sont des incendies. Et Shakespeare.

Et puis, il y a les romans qui marquent plutôt que l’œuvre dans son entier. Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante de Mohsin Hamid, Le Rouge et le noir de Stendhal, Sur la route de Jack Kerouac, Lolita de Vladimir Nabokov, Martin Eden de Jack London, La Fin des temps et Danse, danse, danse de Haruki Murakami, Nana d’Emile Zola, Le Parfum de Patrick Süskind, Le Nom de la rose d’Umberto Eco, Smilla et l’amour de la neige de Peter Hoeg, Le Marin de Gibraltar de Marguerite Duras, Vers chez les Blancs et Incidences de Philippe Djian, Les Oiseaux de Bangkok et Hors-jeu de Manuel Vazquez Montalban, Lunar Park de Bret Easton Ellis, White teeth de Zadie Smith, The information de Martin Amis, Retombées de sombrero de Richard Brautigan, Je suis un chat de Natsume Sôseki, Aztèques dansants de Donald Westlake, Les particules élémentaires de Michel Houellebecq, La télévision de Jean-Philippe Toussaint.

Mais je pourrais continuer ainsi pendant un certain temps…

Quel est votre livre préféré ? Pouvez-vous nous le présenter et nous dire pourquoi il est aussi spécial à vos yeux

Je n’ai pas de livre préféré. La littérature est trop vivace et puissante pour se restreindre à un seul livre.

 

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