Louise Mey : l’interview de Bookeenstore

Cette semaine, découvrez notre interview de Louise Mey qui nous parle de son premier roman, Les ravagé(e)s, une critique sociale déguisée en polar captivant. On y découvre Alex, inspectrice dans une brigade spécialisée dans les crimes sexuels. Chaque jour, elle est confrontée à la violence envers le « sexe faible »… Jusqu’à l’affaire qui va tout changer. Sous couvert d’une enquête captivante, Louise Mey livre un premier roman qui bouscule le lecteur et l’amène à réfléchir sur la condition des femmes dans notre société. Cette fiction féministe est servie par une plume vive et incisive, à découvrir.

Ce polar est un gros coup de cœur de note libraire et nous sommes très heureux de vous le faire découvrir !

Interview de Louise Mey

Bonjour Louise,louise mey les ravagees

Les ravagé(e)s est ton premier roman. Peux-tu nous le présenter ?

Oui ! C’est une enquête policière… Menée par les membres d’une brigade spécialisée dans les crimes et délits sexuels. On suit l’enquête, et surtout, on suit la brigade. En fait, dans la police française, ce type d’entité n’existe pas, mais j’en avais besoin alors je l’ai créée.

C’est assez pratique, il suffit de décider qu’elle est là, de l’écrire, et c’est fait. Dans la vraie vie quand je souhaite que les trucs apparaissent par magie ça n’arrive jamais (c’est toujours une grosse déception).

Peux-tu nous parler plus précisément de ton personnage principal, Alex ? Qui est-elle et comment as-tu développé son caractère ?

Je l’aime bien ! Même si je pense qu’on peut la trouver, dans une certaine mesure, un peu « attendue ». Sur certains traits qu’on associe en général à la figure du « flic »… On verra ce que les gens en pensent !

Alex est une femme qui fait un travail très dur ; et elle a dû se blinder pour pouvoir continuer à bosser. Chez elle, ça passe par de la distance, un détachement qui la protège un peu de ce qu’elle voit tous les jours.

Même sans cela, c’est quelqu’un qui n’est pas vraiment dans l’émotion ; plutôt dans l’analyse, dans l’économie d’énergie. Cela lui permet d’observer les choses avec une certaine objectivité, et le lecteur peut découvrir son univers petit à petit -j’espère-, et avoir sa propre perception des événements, au fur et à mesure que les jours se déroulent. Et puis bien sûr, la situation évolue…

Elle a une fille, qui vit avec elle une semaine sur deux. Elle a finalement peu de proches, à quelques exceptions près, parce que ce coton dont elle s’entoure la coupe aussi un peu des autres.

Elle a aussi toujours la même veste, un chignon fait à la va-vite, une famille gentille-mais-qui-fait-du-bruit, et elle n’aime pas faire la lessive.

Ton roman est un polar qui fait vivre une incroyable galerie de personnages. La dimension humaine  et sociale occupe une place aussi importante que l’enquête. Comment as-tu fait cohabiter ces deux aspects du récit ?

En tant que lectrice j’aime beaucoup les personnages ; je m’y attache énormément. Alors j’ai essayé de créer des gens qui avaient une réelle existence, une présence… déjà pour que le lecteur puisse s’y repérer. S’ils n’ont pas un minimum de traits saillants, on s’y perd.

Ensuite, parce qu’on suit ces personnages durant un temps assez long ; c’est un gros livre, et l’enquête s’étale en gros sur une année scolaire. Si on doit côtoyer des personnages tout ce temps, autant qu’ils nous intéressent. Après, ils ne sont pas tous sympathiques !

Quels sont pour toi les ingrédients indispensables d’un bon polar ?

C’est super dur comme question ! Parce que c’est très suggestif… Ce qui m’accroche personnellement, c’est une figure principale «  de loi » un peu complexe, avec des failles, des mystères. Je n’ai pas forcément besoin de trouver que c’est quelqu’un de bien, mais il faut que j’ai envie de la ou de le suivre.

Après, pour ce qui est de la narration, j’adore les récits fragmentés, où il faut tout remettre en place à la lumière de ce que l’on vient d’apprendre, surtout quand je n’avais rien vu venir.

Mais il y a énormément de manières différentes de construire une histoire, et autant de lectures possibles que de lecteurs !

toni morisson paradisQuels sont les livres et auteurs qui t’inspirent en tant qu’écrivain et te passionnent en tant que lectrice ?

En polar, je suis très très fan de la série des Kenzie et Gennaro de Lehanne. Tellement que je les relis régulièrement. D’autant que je me suis interdit de lire de nouveaux romans policiers pendant que je terminais Les Ravagé(e)s, ce qui ça a duré très longtemps…

Bien sûr Fred Vargas, surtout L’Homme à l’Envers qui me semble rassembler tout ce qui me plaît dans son écriture.

J’aime aussi les livres qui sont un peu à la frontière entre littérature « générale » et polar : comme Paradise de Toni Morisson, ou certains romans de Jim Harrisson.

Il y a aussi des scénaristes de BD qui m’impressionnent beaucoup dans leur manière de construire des univers, des personnages qui prennent immédiatement vie. Brian K. Vaughan, par exemple, qui écrit le très bon Saga, a publié une histoire qui s’appelle Les Seigneurs de Bagdad. L’histoire de lions qui s’échappent après un des premiers bombardements de la ville lors de la guerre d’Irak. Au bout de deux pages à peine, le fait que des lions parlent ne pose aucun problème et tout ce qui compte c’est d’en savoir plus sur leur histoire, sur ce qui va leur arriver. Il faut beaucoup de talent pour ça !

Quel est ton livre préféré ? Peux-tu nous le présenter et nous dire pourquoi il est aussi spécial à tes yeux ?

americanah chimamanda ngozi adichieIl m’arrive d’avoir des coups de foudre instantanés, le dernier était pour Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. Dans ces cas-là j’ai envie de partager, je l’ai beaucoup prêté autour de moi, ça devait être un brin pénible de m’avoir sur l’épaule pendant la lecture à demander « alors c’est bien hein ? Hein ? C’est vachement bien HEIN ? ».

Il y a aussi énormément de littérature jeunesse qui me plaît beaucoup. Des auteurs qui m’ont accompagnées longtemps, qui sont comme un doudou : Marie-Aude Murail, Quentin Blake, Roald Dahl… Je suis du genre à me balader avec des livres pour enfant dans le bus, j’assume : la littérature jeunesse, c’est riche et fou et incroyable.

Mais mon livre préféré, si on compte en nombre de relecture, est probablement La Vérité sur Lorin Jones d’Alison Lurie. A chaque fois que je le reprends, j’en ai une lecture différente… Au départ c’est simplement l’histoire d’une journaliste qui cherche à reconstituer le parcours d’une artiste peintre qui a laissé peu de toiles. Qui était-elle, et son enfance, sa personnalité. La première fois, j’ai lu ça comme une enquête ! Et puis en grandissant j’y ai vu autre chose, une question sur le féminisme, notamment, ou la sexualité. Et la dernière fois que je l’ai relu, j’ai lu une réflexion assez grinçante sur l’artiste et l’œuvre… Est-ce qu’il faut vraiment connaître celle ou celui qui a réalisé quelque chose que l’on a lu ou regardé ? Ce qui me fait penser que je suis très bavarde et qu’il vaudrait mieux que j’arrête là !

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