Feldrik Rivat : le portrait de Bookeenstore

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Feldrik Rivat (c) Editions de l’Homme sans Nom

Bonjour Feldrik,  

Peux-tu nous présenter tes deux séries publiées aux Éditions de l’Homme sans Nom, La 25ème Heure et Les Kerns des l’Oubli ?

Bonjour, et merci de m’inviter par chez vous ! J’ai en effet deux univers à proposer, tous deux complètement différents. La trilogie des Kerns de l’Oubli est mon premier projet. J’ai passé douze ans de ma vie dessus, ce qui lui a laissé le temps de mûrir et de s’enrichir au fil du temps. C’est une épopée à l’ancienne, un monde humain où règnent magie et sorcellerie, où le poids des ancêtres donne un sens millénaire aux fautes des pères. Toute l’idée est de voir comment un personnage est amené à se réincarner depuis la nuit des temps pour racheter une faute primordiale, comment un individu, en conséquence d’un acte unique, en arrive à influer le cours de plusieurs civilisations. Ce cycle infernal dure depuis huit mille ans et ce personnage, véritable héros maudit, va devoir le briser. Et il n’a que trois tomes pour y parvenir ! (La fin est une vraie fin. Toute l’intrigue est tendue vers cette issue, et le tout est conçu pour être lu et relu : c’est un véritable roman à tiroirs !)

25eme Heure de Feldrik RivatPour La 25e Heure, nous sommes à Paris au tout début de la Belle Époque, en décembre 1888, avec ces ambiances des grands boulevards, des Folies Bergères. Eiffel construit sa tour, et des chrysanthèmes noirs fleurissent certaines tombes de la ville, ce qui n’est pas sans commencer à inquiéter les autorités. Le cadre est très documenté sur le plan historique et scientifique, chaque escalier est à sa place, je remets dans leurs rôles et fonctions les personnalités de l’époque. L’histoire tourne autour d’une enquête policière, une affaire menée par un inspecteur de la sûreté, Eudes Anatole-Faust Lacassagne, un personnage sombre et charismatique qui va faire d’un simple fait divers une affaire propre à embarrasser les plus hauts responsables de l’État… Cette enquête, outre nous emporter dans un véritable jeu de piste à travers Paris, outre aller dans les catacombes, les carrières souterraines, les différents cimetières de la ville, va nous confronter au spiritisme, à l’hypnose, va nous montrer des médiums à l’œuvre, des illusionnistes en action. L’idée est bien ici de mêler à une enquête policièrere le côté historique, scientifique et ésotérique de ce Paris de la fin du XIXe.Le chrysanthème noir


La 25e Heure
est suivie du Chrysanthème Noir qui vient donner toutes les réponses aux questions posées : le lecteur apprend alors quelles sont les intentions de cette société savante, et voit s’ouvrir les portes d’une uchronie… Cette histoire à deux volets voit en effet se conclure la partie historique du projet pour préparer la place au projet suivant, Paris-Capitale, une évocation bien plus décalée de ce début XXe siècle !

Tu es auteur, mais également archéologue. Cette facette de ta vie influence-t-elle ton écriture et, si oui, dans quelle mesure ?

Les Kerns de l'oubli Feldrik RivatCe point est en effet à mon sens essentiel dans mon travail. Pour Les Kerns de l’Oubli, je n’ai eu de cesse que de piocher dans les mondes anciens de quoi alimenter mon univers. Il fourmille de détails rituels, cultuels, cérémoniels, d’éléments tirés d’autant de cultures que de besoins… S’ils sont autant de références et de clins d’œil pour l’initié, ils se fondent pour les autres lecteurs dans un univers imaginaire que certains aimeraient fouiller à volonté ! Sans compter que toute la logique de cette trilogie est de voir le personnage principal plonger à travers montagnes et déserts, en quête de vestiges de civilisations disparues, pour tenter de retrouver des traces de ses vies antérieures (si ce n’est pas un fantasme d’archéologue !), et de trouver au milieu de ces ruines l’origine de cette faute que l’on vient encore, huit mille ans après, lui reprocher d’avoir commise…

Pour La 25e Heure, c’est un peu différent. Là, c’est plutôt ma formation universitaire qui m’a donné les reins pour broyer de la documentation à ne plus quoi savoir en faire et restituer ainsi un cadre historique aussi fidèle que possible. L’archéologie étant une science de la contextualisation, l’exercice devient presque un réflexe ! Et pour un préhistorien, travailler sur une période aussi récente et foisonnante d’informations que la fin du XIXe siècle est vertigineux ! Après, l’archéologie étant entre Science et Histoire, cela me permet d’être bien à mon aise dans ces deux domaines. Et parfois je pousse le curseur un peu plus loin, comme dans Le Chrysanthème Noir, où je parle un peu d’égyptologie… (on venait à l’époque de faire la première autopsie de momie et de traduire en français Le Livre des Morts Égyptiens !)

Carte Les Kerns de l'Oubli
Carte du monde des Kerns de l’Oubli par Feldrik Rivat

Qu’affectionnes-tu particulièrement dans l’écriture de romans fantastiques et de fantasy ?

Le fantastique au sens fin XIXe est pour moi jouissif dans le sens où il flirte avec la réalité, où il transgresse la frontière du réel. Faire passer le lecteur de l’un à l’autre en repoussant cran après cran l’acceptable, sans jamais rompre le contrat, est très intéressant à travailler sur le plan des ambiances et de l’écriture.

La fantasy donne quant à elle un sentiment de liberté totale, celui de pouvoir développer des univers qui ne suivent que notre volonté propre, et de pouvoir s’affranchir de toutes règles autres que celle de rester crédible et cohérent. Pour le compte, mêler un arrière-plan venu droit de mes influences archéologiques aux thèmes chers à la fantasy (la quête du héros, les malédictions millénaires, les prophéties au long cours, les transgressions de toutes frontières entre la matière et la pensée, le visible et l’invisible, la vie et la mort) a été un travail d’une intensité et d’un intérêt rare, et sera certainement le théâtre de nouveaux projets en ce sens !

Quels sont pour toi les ingrédients indispensables d’un bon roman de fantasy ?

L’univers. La densité de l’intrigue. Le charisme des personnages. La ballade. L’évasion. La quête. La fantasy est le genre qui se doit d’être à la fois immersif et dépaysant pour le lecteur. Et ce monde, autant imaginaire qu’il soit, se doit d’être tangible et de ne jamais bercer dans le carton-pâte ! Et surtout… de ne pas perdre le lecteur en justifications propres à alourdir le rythme de l’histoire. Place à l’action !

Quels sont les livres et auteurs qui t’inspirent en tant qu’écrivain et te passionnent en tant que lecteur ?

Fichtre de question… En tant qu’écrivain je passe plus de temps à lire de la documentation ou des classiques (au sens littéraire du terme, de ceux qui me rebroussait le poil dans mes jeunes années, mais dans lesquels je trempe aujourd’hui mes plumes pour me ressourcer) que de bons vieux romans ! Je manque cruellement de loisirs ces dernières années, et il va falloir y remédier, car il me tarde de lire les masses de recommandations que j’accumule dans mes carnets, et d’élargir ma culture.

Pour ce qui est de l’inspiration, je puise plus de matière dans les films et leurs sciences du cadrage ou du montage que dans les romans…

Après, de manière générale, je suis toujours à l’affût d’un bon truc utilisé par un auteur, ou d’une construction audacieuse : j’ai plus l’œil d’un technicien que d’un gourmand !

le-petit-princeQuel est ton livre préféré ? Peux-tu nous le présenter et nous dire pourquoi il est aussi spécial à tes yeux ?

Le premier livre qui me soit venu à l’esprit est Le Petit Prince de Saint Exupéry. J’ai une admiration sans faille pour la simplicité et la profondeur de ce texte qui rassemble en si peu de pages autant de facettes de ce qui fait l’être humain et sa complexité… J’espère un jour parvenir à écrire mon petit prince ! Après, j’ai un faible pour le cycle d’Hypérion de Dan Simmons, qui m’a littéralement fait terminer ma lecture debout, ou la trilogie martienne de Robinson, pour le soin et la qualité de son univers, la densité de ses personnages…

Peux-tu nous parler de ton projet suivant ?

Il est encore en gestation, mais grandit pourtant un peu plus chaque jour. Il s’appelle Paris-Capitale et se déroule dans les années 1910, soit près de vingt ans après Le Chrysanthème Noir. Je n’ai pas encore tous les contours de cet univers, mais le lecteur sera plongé en pleine uchronie où Paris sera plantée de gratte-ciel à la new-yorkaise et d’architectures à la Schuitten, de structures aériennes à la Jules Verne, et où la société fonctionnera sur une émulation entre les morts et les vivants… Un univers à la fois technologique et ésotérique, très aérien, très érudit, et très artistique. Une utopie un rien inégalitaire et élitiste, une quête d’idéal propre à donner un but à notre civilisation moderne et occidentale… Un côté éclatant qui ne manquera pas de parts d’ombres, de complots, et de secrets inavouables ! De quoi justifier de curieuses missions dans les cercles polaires ou dans les déserts libyens…

Un gros morceau d’écriture en perspective !

2 réflexions sur “Feldrik Rivat : le portrait de Bookeenstore

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