#BookeenCafé SF : Découvrez Olivier Paquet !

Le jeudi 15 juin 2017, l’équipe Bookeen vous invite à rencontrer vos auteurs de Science-Fiction préférés lors de notre prochain Bookeen Café SF au Dernier Bar avant la Fin du Monde !

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Cette semaine, rencontrez Olivier Paquet, auteur du roman Jardin d’hiver chez L’Atalante. Nous avons réalisé cette interview en collaboration avec VendrediLecture, saurez-vous reconnaître leurs questions ? 😉

Interview d’Olivier Paquet

Bonjour Olivier,

Peux-tu nous parler de ton dernier roman Jardin d’hiver ?

paquetCe roman se situe dans un avenir relativement proche qui a subi les effets du réchauffement climatique avec la montée des eaux. Deux camps s’affrontent en Europe, des ingénieurs sous la bannière du Consortium, et des éco-terroristes sous celle de la Coop. La particularité de ce conflit, c’est que les armes ne sont pas classiques. Les ingénieurs utilisent des animaux-robots tandis que les éco-terroristes modifient les plantes pour les transformer en armes. On suit une équipe de contrebandiers qui revend des pièces abandonnées sur les champs de bataille. En récupérant un individu quelque part dans une forêt détruite, ils mettront en action des forces qui vont terminer ce conflit avec cette interrogation finale : comment pardonner après une guerre ?

 

L’histoire de Jardin d’hiver se déroule en Europe : un contexte assez rare en Science-Fiction ! Quelles ont été les raisons de ce choix ?

structura maximaJ’ai toujours écrit sur l’Europe, dès mon premier roman, Structura Maxima, mais il s’agissait de références culturelles (en l’occurrence l’Italie du Futurisme). Les Loups de Prague, ensuite, prenaient leur source dans Prague, une ville où j’ai vécu pendant mes études. Ici, j’ai voulu élargir le spectre en faisant du territoire européen un théâtre de science-fiction. Je voulais montrer que notre continent avait un avenir, qu’il avait aussi une géographie, une matérialité qui en faisait un ensemble fascinant. L’Europe a toujours eu un passé conflictuel, c’est une ressource énorme pour un écrivain, que ce soit de SF ou non. Enfin, c’est le lieu de naissance de la science-fiction, son origine profonde, depuis Verne et Wells, ou bien Capek, l’inventeur du terme « robot ».

loups de pragueIl y a parfois le débat sur la science-fiction française, et la peur d’une étroitesse si on se limite à nos frontières hexagonales. L’Europe est plus vaste, plus riche de possibilités et de diversité pour parler du futur, à mes yeux. Pour tout un tas de raisons, il y a un désenchantement général vis-à-vis du rêve européen, alors je trouve bien de montrer un autre possible, de rappeler que nous formons une civilisation particulière sur un territoire très petit et que nous ne sommes pas voués à la disparition. Dans Jardin d’hiver, l’Europe est une vraie alternative, elle ignore juste ses atouts.

 

Qu’affectionnes-tu particulièrement dans l’écriture de romans de Science-Fiction ?

La Science-fiction est une littérature des possibles, pas du futur. On dit au lecteur : si on poursuit dans cette direction, voilà ce qui pourrait arriver. À chacun de réfléchir ensuite s’il désire ou non ce que l’on suggère. Pour moi, cette partie de jeu constitue le vrai plaisir d’écriture. Imaginer un monde possible, ce n’est pas la même chose qu’imaginer un monde étrange. Il y a bien évidemment de l’étrangeté dans ce que je décris, mais on y ajoute le frisson du « cela pourrait arriver ». Un auteur de SF se situe sur une ligne de crête entre le réel et le possible. On jongle avec, en poussant parfois très loin, tout en gardant un lien ténu avec notre présent. C’est vraiment cette dynamique qui me motive.

Quels sont pour toi les ingrédients indispensables d’un bon roman de Science-Fiction ?

Indispensable est un terme très fort, qui me dérange un peu. Je peux être sensible à des tas d’aspects dans un roman de Science-Fiction. Disons que l’aspect spéculatif est ce qui va m’attirer le plus. Comment un auteur imagine-t-il le voyage dans l’espace, les intelligences artificielles, nos relations sociales à l’ère d’internet ? Si la technologie n’est qu’un décor et pas le nœud de l’intrigue, j’ai du mal à me passionner. Ou bien, il y a une idée forte dans le texte, quelque chose qui le rende très différent des autres. Après, je suis assez bon public lorsque ce contrat de base est respecté.

Quels sont les auteurs et les livres qui t’inspirent et t’influencent en tant qu’écrivain ?

main gaucheJ’ai des influences en littérature générale, mais je vais me concentrer ici sur la science-fiction pour cette question. Il y a deux auteurs qui m’ont marqué et continuent de me marquer : Ursula Le Guin et Iain Banks. Le Guin, c’est d’abord un souvenir d’adolescent quand j’ai lu le cycle de Terremer, je n’ai lu sa SF que bien plus tard. Heureusement d’ailleurs. Tout ce qu’elle a écrit sur l’Ekumen (La Main gauche de la nuitLes Dépossédés, etc.) est entré en résonance avec mes études de sciences politiques. Cela m’a immédiatement parlé parce que je connaissais les références et je voyais tout de suite où elle voulait aller. Cela fait partie des rares auteurs à qui j’ai même écrit (je savais qu’elle lisait le français) pour lui dire à quel point j’aimais ses ouvrages. S’il y a une dimension sociologique dans mes romans, c’est lié à cette auteure.

Iain Banks et son Cycle de la Culture, c’est vraiment l’œuvre qui m’a donné une clé pour écrire un space-opera moderne. Il a créé un univers et l’a établi sur une base utopique. Tous ses romans explorent cette utopie et les parties plus sombres. L’apport de Banks à la SF, c’est d’écarter la question de l’Empire galactique et de repenser tout cela dans une perspective très anarchique. Ses vaisseaux et ses intelligences artificielles sont les véritables protagonistes de ses romans et c’est une belle piste pour reconsidérer la place de l’humain.

As-tu d’autres projets d’écriture en cours ? Si oui, peux-tu nous en parler ?

En termes de publication, je vais sortir à la rentrée un recueil de nouvelles, Faux-semblance, qui reprendra pour partie des textes publiés à mes débuts, mais réécrits, et un inédit qui n’est pas de la science-fiction. J’ai commencé par publier des nouvelles et c’est un genre que j’aime beaucoup sauf que tout ce que j’ai publié est globalement inaccessible. Heureusement, l’Atalante me permet de remédier à cela.

Pour l’écriture, j’ai un gros projet en cours qui poursuit une réflexion que j’ai sur notre rapport aux intelligences artificielles et aux réseaux sociaux. Il s’agit presque d’un thriller contemporain, où les IA ont créé un espace de discussion pour imaginer le bien commun alors que les humains s’isolent les uns les autres. Tout le roman est écrit à partir de nouvelles qui ont des ponts entre elles jusqu’à un final qui rassemble toutes les pistes. Je n’en suis qu’au début, mais il me faudra du temps pour en arriver au bout.

Quel est ton livre préféré ? Peux-tu nous le présenter et nous dire pourquoi il est aussi spécial à tes yeux ?

belles endormiesLà, si je dois parler de mon livre préféré, je dois sortir du champ de la science-fiction. C’est un livre que j’ai lu quand je commençais à écrire, sans aucune perspective de publication, et il m’a montré une façon de faire qui a débloqué certaines choses chez moi. Ce livre, c’est Les belles endormies de Kawabata. Le roman décrit une série de nuits que passe une personne âgée auprès de jeunes filles endormies. Ce qui est fascinant chez Kawabata, c’est l’érotisme qui se dégage de ses descriptions alors qu’il détaille jusqu’aux articulations des phalanges. Sans aucune métaphore, il donne à voir, à sentir, à goûter les personnages. En Science-Fiction, l’enjeu de la sensorialité est majeur : comment faire ressentir quelque chose qui n’existe pas et ne correspond pas à ce que nous connaissons ? On peut choisir la voie de la métaphore, mais on peut aussi prendre une autre direction, celle des sens. C’est vraiment ce qui m’a marqué dans ce livre.

Quelle est ta lecture du moment ? Sera-t-elle la même vendredi prochain ?

tapis de cheveuxMa lecture du moment est une relecture, Des milliards de tapis de cheveux de Andreas Eschbach. La construction du récit, l’idée au cœur du drame qui se joue, tout est parfait. Au départ, on s’interroge sur cette planète qui fournit des tapis faits avec des cheveux à destination d’un empereur galactique. Pourquoi une telle absurdité ? Et puis, au fil des histoires, on comprend ce monde, sa logique et les révélations finales vous clouent à votre fauteuil. L’auteur vous a baladé, en véritable illusionniste, et vous donne une leçon à la fin.

 

Tous les mardis, nous demandons à nos lecteurs de partager leur #MardiConseil. Pour les tiens : quel(s) auteur(s) t’inspire(nt) et quelle(s) lecture(s) t’a/ont le plus marqué ?

terre des hommesIl y a un auteur que j’apprécie tout particulièrement, mais absolument pas pour son œuvre la plus connue, c’est Antoine de Saint-Exupéry. J’ai découvert un jour Terre des hommes et j’ai trouvé un style sobre et poétique qui me convenait parfaitement, ainsi qu’une image des peuples du désert très inspirante. Je ne suis pas vraiment en admiration devant Le petit prince, parce que j’ai trop souvent l’impression qu’il s’agit d’un auteur qui parle de l’enfant rêvé des adultes, au lieu d’être un livre pour les enfants, mais pour tout le reste, j’aime son enthousiasme mélancolique.

Ensuite, j’ai découvert la littérature sud-américaine avec Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Pour quelqu’un aussi marqué par la littérature française dans ce qu’elle a de classique, c’était un vrai dépaysement, un vrai changement. Par la suite, j’ai découvert Cortazar, Bolano, ou Juan Rulfo avec Pedro Paramo.

Enfin, le dernier livre qui m’a mis la larme à l’œil, c’est À l’est d’Eden de Steinbeck. Lorsque le mot « Timshel » survient à la fin du roman, lorsqu’on a terminé toute cette saga, je vous assure, l’émotion est forte, rien qu’avec ce mot. Je ne suis pas un grand amateur de littérature nord-américaine, à part les nouvelles de Fitzgerald. Je fais un blocage sur Hemingway et le style des auteurs contemporains qui flirtent avec le roman noir, m’ennuie, mais Steinbeck, oui, cela fait partie des auteurs qui vous entraînent dans quelque chose de grand.

Quel est ton moment/jour de la semaine privilégié pour lire et/ou écrire ?

Quand je suis sur un roman, j’écris un peu tous les soirs, quand on est moins sollicité. Sinon, un endroit où j’aime beaucoup écrire, c’est le train. Là encore, on est coupé du monde et on peut se concentrer parfaitement, rythmé par les mouvements de la rame.

Chaque lundi, nous posons #LaPetiteQuestionDuLundi, souvent insolite, à nos lecteurs. En voici une qui a récemment eu beaucoup de succès : avec quel auteur ou personnage souhaiterais-tu être coincé dans un ascenseur et pourquoi ?

J’ai eu la chance, en moins de 20 ans de carrière, de croiser pas mal d’auteurs que j’apprécie sans avoir à vraiment le chercher. Il y en a quand même un que j’aimerais rencontrer un jour, c’est Guy Gavriel Kay. Sa manière d’écrire une fantasy historique me plaît énormément, mais ma formation de science politique est intriguée par un point assez particulier. Dans Tigane, son antagoniste se soumet à un rituel pour se faire aimer du peuple qu’il a conquis. Très peu de romans de SF politique mettent en scène la dimension proprement symbolique du pouvoir autant que ce livre de G.G. Kay. Alors, je sais que ça n’intéresserait personne d’autre que moi, donc si je pouvais avoir quelques minutes pour discuter de la chose avec lui, ça me plairait.

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Envie d’en savoir plus ? Alors venez rencontrer Olivier Paquet au Bookeen Café, le 15 juin prochain au Dernier Bar avant la Fin du Monde de Paris ! 🙂

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3 réflexions sur “#BookeenCafé SF : Découvrez Olivier Paquet !

  1. J’ai également beaucoup aimé « Des milliards de tapis de cheveux » ! La conclusion m’avait laissée stupéfaite !
    Et même sentiment sur la littérature nord-américaine et Steinbeck ! « À l’est d’Eden » est un superbe roman !!!

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